Le mot jawline, emprunté à l’anglais, désigne ce que les chirurgiens appellent la ligne mandibulaire : le contour de la mâchoire, de l’angle situé sous l’oreille jusqu’à la pointe du menton. Cette ligne structure le bas du visage. Lorsqu’elle est nette, elle sépare clairement le visage du cou et donne une impression de fermeté ; lorsqu’elle s’estompe, le visage paraît plus lourd, plus fatigué, sans que l’on puisse toujours dire pourquoi.
La demande de « redessiner la jawline » est devenue l’une des plus fréquentes en consultation. Elle recouvre pourtant des situations très différentes, car l’ovale peut s’effacer pour au moins cinq raisons distinctes, qui tiennent à l’os, aux muscles, à la graisse, à la position des tissus ou à la peau elle-même. Chacune appelle une réponse propre, et bien des déceptions viennent d’un traitement appliqué à la mauvaise cause. Cet article propose de suivre le raisonnement du Dr Cornette de Saint-Cyr, chirurgien plasticien à Paris 16e, depuis l’analyse du bas du visage jusqu’au choix de la technique.
Définition de la jawline
Une ligne mandibulaire harmonieuse se reconnaît à trois éléments. Le premier est un bord inférieur de la mâchoire continu et rectiligne, de l’angle de la mandibule jusqu’au menton, sans rupture ni ressaut. Le deuxième est un angle mandibulaire lisible, sous le lobe de l’oreille, qui donne au visage sa largeur et son assise. Le troisième est un angle franc entre le dessous du menton et le cou, l’angle cervico-mentonnier, qui détache le visage de la gorge lorsqu’on le regarde de profil.
Ces trois éléments reposent sur une architecture en couches. En profondeur, l’os de la mandibule et le menton forment la charpente, recouverte par les muscles masticateurs, dont le masséter, qui donne à l’angle sa largeur. Au-dessus s’étend le système musculo-aponévrotique superficiel, le SMAS, qui maintient les tissus du visage et se prolonge au cou par le platysma, nappe musculaire très fine qui s’insère sur le bord de la mâchoire. Des compartiments graisseux s’interposent de part et d’autre de ce plan, et la peau recouvre l’ensemble. La netteté de la ligne mandibulaire résulte de l’équilibre entre toutes ces couches.
Pourquoi l’ovale s’efface : cinq mécanismes
Le premier mécanisme est osseux. Avec l’âge, la mandibule perd progressivement de sa masse, le menton recule légèrement et l’angle s’émousse. Chez certaines personnes, le menton est par nature peu projeté, ce qui prive le bas du visage d’un point d’appui. Dans les deux cas, la ligne mandibulaire manque de structure : les tissus qui la recouvrent n’ont plus de relief sur lequel se tendre.
Le deuxième mécanisme est musculaire et concerne le platysma. Ce muscle est un abaisseur : en se contractant, il tire le bas du visage vers le cou. Lorsque sa tonicité domine celle des muscles élévateurs, il émousse le bord de la mâchoire et l’angle cervical, et forme parfois des cordes verticales visibles à l’effort. Ce phénomène explique qu’un ovale puisse paraître moins dessiné alors que la peau est encore ferme.
Le troisième mécanisme tient au volume. Un masséter développé élargit l’angle de la mâchoire et donne au visage une forme carrée ; à l’inverse, une accumulation de graisse sous le menton empâte l’angle cervico-mentonnier et brouille la transition entre le visage et le cou. Une revue publiée en 2022 dans Plastic and Reconstructive Surgery propose justement de distinguer ce qui alourdit la ligne mandibulaire au-dessus du bord, comme le masséter ou la graisse de la joue basse, de ce qui l’alourdit en dessous, comme la graisse du cou ou la traction du platysma (PubMed 35196678).
Le quatrième mécanisme est le glissement tissulaire. Avec le temps, les structures qui maintiennent les tissus du visage se détendent, et les tissus descendent. Les bajoues apparaissent de part et d’autre du menton, le contour mandibulaire se brise et l’ovale s’affaisse. Ce glissement devient fréquent après quarante-cinq ans et s’associe souvent aux autres mécanismes.
Le cinquième mécanisme est l’excès cutané. Lorsque le relâchement est ancien, la peau elle-même devient trop abondante : elle forme un surplus sous le menton et le long du cou, que le repositionnement des tissus ne suffit plus à corriger.
La distinction entre glissement tissulaire et fabrication de peau excédentaire est le critère central du raisonnement : le premier se corrige en replaçant les tissus, le second demande de retirer de la peau.

Le diagnostic avant le traitement
Il n’existe pas de technique unique capable d’améliorer la ligne mandibulaire chez tous les patients, et la consultation sert d’abord à identifier le ou les mécanismes en cause. Le Dr Cornette de Saint-Cyr examine le visage de face, de trois quarts et de profil, au repos puis en mouvement. Il palpe le bord de la mandibule et le menton pour apprécier la charpente osseuse, demande à la patiente de serrer les dents pour mesurer le volume du masséter, puis de contracter le cou pour faire apparaître l’action du platysma. Il apprécie ensuite la position des tissus, la présence et l’importance des bajoues, la graisse sous le menton, et enfin la qualité et l’abondance de la peau.
Cette analyse conduit à un plan de traitement qui peut combiner plusieurs gestes, mais qui repose sur une hiérarchie.
Il s’agit d’abord de traiter ce qui tire ou ce qui a glissé, puis seulement de restaurer ou d’affiner les volumes.
Injecter un produit de comblement sur un ovale qui s’est affaissé alourdit le bas du visage au lieu de le redessiner ; inversement, poser des fils tenseurs permanents sur un visage dont le problème est un menton trop court ne corrige pas le manque de structure.
Restaurer la structure : l’acide hyaluronique
Lorsque la perte de définition tient à un manque de charpente, qu’il s’agisse d’un menton peu projeté, d’un angle mandibulaire effacé ou d’une légère résorption osseuse, l’acide hyaluronique permet de recréer le relief qui manque. Le produit, choisi pour sa tenue, est déposé à la canule le long du bord mandibulaire, au niveau de l’angle et du menton, afin de reconstituer une ligne continue. L’effet est visible immédiatement, et le résultat se maintient en moyenne douze à dix-huit mois.
La littérature confirme l’intérêt de cette approche lorsqu’elle repose sur une connaissance précise de l’anatomie et une sélection rigoureuse des patients. Une revue consacrée au rajeunissement non chirurgical de la ligne mandibulaire par produits de comblement souligne qu’ils corrigent de manière temporaire une résorption osseuse légère à modérée, et que la technique doit tenir compte des différences entre hommes et femmes (PubMed 31889377).
L’acide hyaluronique a ses limites. Il redonne de la structure, mais ne repositionne pas des tissus qui ont glissé et ne retend pas une peau relâchée. Lorsque le menton est très en retrait ou asymétrique, la correction durable relève plutôt de la chirurgie du menton, la génioplastie, que le Dr Cornette de Saint-Cyr pratique également.
Rééquilibrer les forces : la toxine botulique
La toxine botulique intervient sur la ligne mandibulaire de deux manières, selon le muscle visé. La première concerne le platysma. En injectant de petites quantités de toxine le long du bord de la mandibule et sur les cordes du cou, on relâche la traction descendante de ce muscle, ce qui laisse les muscles élévateurs reprendre l’avantage : c’est le principe du Néfertiti lift, qui redonne de la netteté à la ligne mandibulaire et à l’angle cervical. Cet effet est mesuré et temporaire, de l’ordre de trois à six mois. Il porte sur l’équilibre des forces musculaires et non sur la position des tissus, si bien qu’il ne remplace pas une suspension lorsque les bajoues sont installées. Nous consacrons un article détaillé à cette technique.
La seconde manière concerne le masséter. Lorsqu’un masséter très développé élargit le bas du visage, son injection par toxine botulique en réduit progressivement le volume et affine l’angle de la mâchoire. Une revue de la littérature publiée en 2022 conclut que cette injection est un traitement non invasif, sûr et efficace de l’hypertrophie du masséter, tout en relevant qu’il n’existe pas de consensus sur les doses (PubMed 35176198). Ce geste, qui sert aussi à soulager le bruxisme, est décrit dans notre article sur l’injection de botox dans les masséters.
Dans les deux cas, la toxine agit sur un muscle, sur sa traction ou sur son volume, sans modifier la position des tissus. Elle convient donc aux situations où la dynamique musculaire domine, et elle s’associe volontiers aux autres techniques.
Le cas de la graisse sous le menton
Lorsque l’angle cervico-mentonnier est empâté par une accumulation de graisse sous le menton, ni la toxine ni les fils tenseurs permanents ne la font disparaître. Chez un patient dont la peau garde sa tonicité, une liposuccion ciblée de la région sous-mentonnière retire cette surcharge et redonne de la netteté à l’angle du cou. Lorsque la peau est relâchée, ce geste s’intègre plutôt à un lifting du cou, qui traite dans le même temps la graisse, le platysma et l’excès cutané. Le Dr Cornette de Saint-Cyr évalue cette composante dès la consultation, car elle conditionne le choix des autres gestes et la stabilité du résultat : un ovale redessiné au-dessus d’un angle cervical empâté reste lourd de profil.
Repositionner les tissus : les fils tenseurs permanents
Lorsque l’ovale s’est affaissé parce que les tissus ont glissé, avec des bajoues qui brisent le contour mandibulaire mais sans excès de peau marqué, la réponse consiste à replacer ces tissus. C’est le rôle des fils tenseurs permanents, que le Dr Cornette de Saint-Cyr pose au cabinet sous anesthésie locale. Ces fils durables sont constitués d’une armature en polyester recouverte d’une couche de silicone d’un micron, un matériau employé en chirurgie cardiaque et inerte pour l’organisme. Ils sont introduits par voie percutanée, sans décollement ni cicatrice visible, et positionnés en profondeur, dans le SMAS au niveau du visage et dans le platysma au niveau du cou, comme nous le décrivons pour les fils tenseurs du cou.
Le fil agit comme une suspension mécanique : il remonte en bloc les tissus qui ont glissé, ce qui atténue les bajoues et restaure la continuité du bord mandibulaire. Ces fils ne stimulent pas la production de collagène ; leur effet repose sur ce repositionnement. Le résultat est visible dès la fin de la séance, se précise au bout d’une à deux semaines, atteint son meilleur contour en trois à quatre semaines, une fois l’œdème résorbé, et se maintient cinq à dix ans. Cette technique est réservée aux chirurgiens, car elle suppose une maîtrise des plans anatomiques profonds du visage et du cou.
Les fils tenseurs permanents occupent une position intermédiaire entre les injections et la chirurgie. Ils ne remplacent pas un lifting lorsque la peau est en excès, mais ils permettent de traiter un relâchement déjà visible sans recourir à une intervention avec incisions. Le Dr Cornette de Saint-Cyr a publié sur le rajeunissement du visage par fils tenseurs dans les Annales de chirurgie plastique esthétique (PubMed 28847441).
Quand la chirurgie devient nécessaire
Lorsque la peau est devenue trop abondante, qu’elle forme un surplus sous le menton et le long du cou, ou que le relâchement est très avancé, les techniques sans incision ne permettent pas de retirer cet excès. Le lifting du cou ou le lifting cervico-facial repositionnent alors les tissus profonds, retendent le platysma et retirent la peau excédentaire, ce qui redonne à la ligne mandibulaire et à l’angle cervico-mentonnier une netteté durable.
La chirurgie du lifting est au cœur du parcours du Dr Cornette de Saint-Cyr, qui a publié sur plusieurs de ses techniques. Il a notamment cosigné en 1994, avec le Dr Le Louarn, une note technique sur le lambeau de SMAS cervico-malaire oblique dans le lifting, aujourd’hui nommé deep plane lifting (PubMed 7661559), puis publié en 2007 une technique de lifting vertical du tiers moyen du visage (PubMed 17569606). Cette expérience chirurgicale éclaire aussi ses choix en médecine esthétique : savoir ce que la chirurgie peut obtenir permet de mesurer ce que les techniques moins invasives ne peuvent pas apporter, et de le dire en consultation.
Une jawline masculine, une jawline féminine
La ligne mandibulaire n’a pas la même forme selon le sexe, et le traitement doit respecter cette différence. Chez l’homme, un angle mandibulaire marqué et un bord de mâchoire plus large et plus anguleux sont recherchés ; chez la femme, la ligne est plus fine, plus douce, et le visage s’affine progressivement vers un menton moins large. Redessiner une mâchoire féminine en l’élargissant, ou au contraire arrondir excessivement une mâchoire masculine, produit un résultat qui dénature le visage.
Cette différence guide le choix des gestes. Chez une patiente, l’objectif est souvent de retrouver une ligne continue et un angle cervical franc, par la toxine sur le platysma, l’affinement du masséter ou les fils tenseurs permanents, en restant mesuré sur l’augmentation de l’angle. Chez un patient, l’acide hyaluronique au niveau de l’angle et du menton peut au contraire viser à renforcer la charpente, dans le respect des proportions du visage.
Associer les techniques, et dans quel ordre
La perte de définition de l’ovale associe le plus souvent plusieurs mécanismes, et le plan de traitement combine alors plusieurs gestes. L’ordre a son importance. Lorsque les tissus ont glissé, les fils tenseurs permanents sont posés en premier, car il est peu pertinent de restaurer un volume sur des tissus qui ne sont pas à leur place. L’acide hyaluronique intervient ensuite pour affiner le contour ou soutenir le menton, sur un ovale déjà repositionné. La toxine botulique trouve sa place à côté de ces gestes pour rééquilibrer la traction du platysma ou affiner le masséter, selon un calendrier fixé en consultation.
| Mécanisme en cause | Ce que l’on observe | Réponse principale | Durée de l’effet |
|---|---|---|---|
| Manque de structure osseuse | Menton peu projeté, angle effacé | Acide hyaluronique ou génioplastie | 12 à 18 mois, ou durable pour la chirurgie |
| Traction du platysma | Ovale émoussé, cordes du cou à l’effort | Toxine botulique (Néfertiti lift) | 3 à 6 mois |
| Masséter développé | Bas du visage large et carré | Toxine botulique sur le masséter | Plusieurs mois, à renouveler |
| Glissement tissulaire | Bajoues, contour mandibulaire brisé | Fils tenseurs permanents | 5 à 10 ans |
| Excès de peau | Surplus sous le menton et le long du cou | Lifting du cou ou cervico-facial | Durable, le vieillissement se poursuit |
C’est cette lecture par mécanisme qui permet de redessiner la ligne mandibulaire de manière naturelle. Le résultat recherché par le Dr Cornette de Saint-Cyr n’est pas une mâchoire standardisée, mais une ligne mandibulaire cohérente avec le reste du visage, qui retrouve sa netteté sans trahir l’intervention.
Questions fréquentes sur la jawline
Peut-on redessiner la jawline sans lifting ?
Oui, lorsque la peau n’est pas en excès. L’acide hyaluronique restaure la structure du menton et de l’angle mandibulaire, la toxine botulique rééquilibre la traction du platysma ou affine le masséter, et les fils tenseurs permanents repositionnent les tissus qui ont glissé. Lorsque la peau forme un surplus, le lifting du cou ou le lifting cervico-facial devient la réponse adaptée.
Quel traitement choisir pour une jawline peu dessinée ?
Le choix dépend de la cause. Un menton peu projeté appelle un apport de structure, un ovale émoussé par un platysma très actif relève de la toxine botulique, une mâchoire large d’un affinement du masséter, des bajoues des fils tenseurs permanents, un excès de peau de la chirurgie. L’examen en consultation permet d’identifier le mécanisme dominant et, souvent, d’en associer plusieurs.
L’acide hyaluronique peut-il corriger les bajoues ?
L’acide hyaluronique restaure un volume ou une structure, mais il ne remonte pas des tissus qui ont glissé. Injecté seul sur des bajoues installées, il risque d’alourdir le bas du visage. Les bajoues se corrigent par un repositionnement des tissus, que permettent les fils tenseurs permanents ou le lifting ; l’acide hyaluronique peut ensuite affiner le contour. Injecté le long du bord mandibulaire, il permet en revanche de redessiner la ligne de la mâchoire et de lui redonner de la fermeté, en recréant un relief net.
Combien de temps durent les résultats ?
La durée dépend de la technique. La toxine botulique sur le platysma agit en moyenne trois à six mois, l’acide hyaluronique douze à dix-huit mois, les fils tenseurs permanents cinq à dix ans, tandis que le lifting du cou ou cervico-facial apporte un résultat durable, sur lequel le vieillissement continue de s’exercer.
La jawline se traite-t-elle différemment chez l’homme et chez la femme ?
Oui. La ligne mandibulaire masculine est plus large et plus anguleuse, la ligne féminine plus fine et plus douce. Le traitement respecte ces proportions : on renforce volontiers l’angle et le menton chez l’homme, alors que l’on privilégie chez la femme la continuité de la ligne et la netteté de l’angle cervical.
Faut-il associer plusieurs traitements ?
C’est fréquent, car l’ovale s’efface rarement pour une seule raison. Lorsque les tissus ont glissé, les fils tenseurs permanents sont posés en premier, puis l’acide hyaluronique affine le contour ; la toxine botulique complète le plan si le platysma ou le masséter participent au problème.
Références
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Cornette de Saint Cyr B, Benouaiche L. Face rejuvenation with tensor threads [article en français]. Ann Chir Plast Esthet. 2017;62(5):488-494. PubMed 28847441
Le Louarn C, Cornette de Saint-Cyr B. Cutaneous incision in facelift. Oblique cervicomalar SMAS flap and malar facelift. Technical notes [article en français]. Ann Chir Plast Esthet. 1994;39(6):756-64. PubMed 7661559
Cornette de Saint-Cyr B, Garey LJ, Maillard GF, Aharoni C. The vertical midface lift. An improved procedure. J Plast Reconstr Aesthet Surg. 2007;60(12):1277-86. PubMed 17569606

